Monsieur mon Passé
laissez-moi passer
Laissez-moi Monsieur
mon Passé passer
Passez-moi Monsieur
mon laissez-passer
Laissez-moi passer
passer mon Monsieur
Monsieur moi laissez
passer mon passé
Moi Monsieur Passé
mon pas s’est lassé
Laissez-moi passer
passer mon Monsieur
Monsieur mon Passé
Laissez-moi passer
Et puis
dégotez-moi donc une vieille valise,
une valise de bout du rouleau,
une qui aurait fait la guerre peut-être,
tiens :
une valise qui aurait fait Auschwitz
,
voilà,
pas facile à trouver ça,
une grosse valise qu’aurait fait Auschwitz !
Au vieux cuir rouge marqué d’un fer,
avec l’étoile jaune cousue sur le dessus,
bien sage.
… valise abandonnée le long d’un quai désert,
disons à Saint-Nazaire,
comme un nageur qu’on n’attend plus !
Et donc Septimus se réveilla mort,
coincé à l’intérieur d’une malle défraîchie,
à Saint-Nazaire,
le long d’un quai désert.
Je parie qu’il bruinait,
et qu’une sirène,
au loin très loin,
dont il ne reste rien,
au fil de l’eau, etc.
Cela n’avait aucune importance pour Septimus :
que la valise fût rescapée des camps,
qu’il y fût coincé,
que les quais fussent déserts,
le ciel bas et gris.
Puisqu’il était mort.
Et moi ?
Eh bien moi j’étais dans le bateau !
Un transatlantique
qui cinglait vers New-York !
Ciao les cocos !
